Alaska

◀ RETOUR HUB / TERRA AMERICA

JOUR 22 : 31 août 2021

Fairbanks – Seattle

15°C
Ensoleillé

Levés 9h

Le téléphone sonne.
Message de Shirley, qui pense encore à nous, et nous propose de rencontrer Ben Stevens, du Tanana Chief Center, Directeur de la Fishing and Hunting Task Force.
Elle l’avait contacté quelques jours auparavant. Ce matin, tout en étant sur la route vers Hot Springs, elle nous a pris ce dernier rendez-vous.

Je contacte directement Ben via Facebook.
Il vient nous retrouver au River’s Edge Cottage, situé le long de la Chena River. L’endroit est calme et apaisant. Parfait pour une Interview liée à ce groupe de travail créé en 2013 et qui vise à protéger les droits de chasse et de pêche des autochtones de l’Alaska. Les pratiques traditionnelles de chasse et de pêche (comprenant les cérémonies) qui accompagnent ces pratiques, assurent le bien-être social, culturel, spirituel et économique et la survie des peuples natifs et de leurs communautés.
L’interview est axée sur les changements observés cette année et plus globalement sur les impacts du réchauffement climatique.

13h : Déjeuner Starbucks chez Fred Meyer (supermarché)

14h : Navette aéroport

Le vol AS124 de l’Alaska Airlines a 20 min de retard.
Tant mieux. Nous n’avons pas vraiment le cœur à partir aujourd’hui. Pas plus qu’hier d’ailleurs.

Les 3h30 de vols sont difficiles pour moi. Je suis d’une rare tristesse. Quelque chose  de fort me relie désormais à l’Alaska. J’en ai parlé à Sonia Lelarge, Consule de France à Anchorage, qui comprenait parfaitement. Mais peut être que seuls celles et ceux qui sont passés par l’Alaska peuvent comprendre ce sentiment si intense de connexion à la nature et de solidarité par anticipation entre les Hommes.

Et comme dit mon amie Marine Vanlandeguem : “Alaska does not grow on you, so much as it makes you unfit to live anywhere else”.

21h : Nous atterrissons à Seattle.
Nous mettons plus d’une heure à attendre notre navette pour l’hôtel…

23h : Pizzas en chambre. 

Coucher : minuit

 

JOUR 21 : 30 août 2021

Fairbanks

5°C 

Couvert

Levés : 10h

Petit déjeuner rapide en chambre et nous travaillons jusqu’à 13h.

Lessives avant le départ de demain pour Seattle.

Nous partons ensuite à pied pour aller déjeuner. Une bonne trentaine de minutes. Cela fait du bien !

Nous nous arrêtons dans un resto mexicain. Mauvais, mais calorique.

Arrêt chez Fred Meyer (le supermarché local)

16h : mon téléphone sonne, nous avons des nouvelles d’Anthony !

Il fait un stop à Whitehorse. Tout va bien. Les échanges sont assez brefs, car il a une connexion limitée. Le temps de dire que tout va bien, de donner quelques éléments accompagnés de photos et de se dire à bientôt…

Nous rentrons à l’hôtel…

Le temps passe et pas de nouvelles de Shirley. Nous devions pourtant nous voir aujourd’hui. Cela me rend triste.

Après ces moments si forts que nous avons vécu avec elle, dur de se dire que l’on va se quitter ainsi, sans se revoir, sans un regard.

19h : Nous allons dîner à l’Alaska Chena’s Grill.

Des pâtes et un bon verre de vin chacun. Dernier dîner ici. On essaie de faire aller…

20h15 : Nous sommes sur le point de quitter la table lorsque je reçois un message de Shirley. 

”Where are you Fanny ?”

“At the resort”

Elle m’appelle. Je ne comprends rien de la conversation, non pas que je ne comprenne pas l’anglais mais mon esprit est ailleurs.

Je renvoie un message, et je comprends réellement qu’elle est là. Qu’elle est sur le parking.

Je regarde Gildas. Je n’en reviens pas.

Je me lève, je vais la chercher et je demande à Gildas de lui préparer une chaise pour se joindre à nous.

Je la vois sortir de la voiture, souriante. Elle a réussi sa surprise.

Nous marchons ensemble vers le restaurant.

Elle est venue apporter un cadeau pour Gildas. Et quel cadeau !

Shirley lui offre le livre “Make the Prayers to the Raven” de Richard K. Nelson, célèbre livre pour comprendre la culture Koyukon Athabascane. Nous comprenons la transmission.

Nous sommes émus, nous savourons l’instant.

Shirley doit repartir, demain elle a une longue route pour assister à un enterrement, à Hot Springs. 

Nous la serrons fort dans nos bras. Nous nous reverrons. Les yeux dans les yeux, on sait.

”God has a plan”

Nous retournons au Cottage. 

J’ai du mal à décrire ce que je ressens. Mais plus rien ne sera pareil après 4 semaines passées ici.

Coucher : minuit.

 

JOUR 20 : 29 août 2021

Fairbanks

3°C

Couvert

Levés 6h

On se lève tôt pour être prêts à déposer Suzanne à Anthony. Le rendez-vous est à 8h.

Comme nous laissons les Go Pro tourner la nuit, avec l’espoir de capter une aurore boréale, nous devons chaque matin vider les cartes mémoires. Ce matin ce sera la dernière fois en Alaska, Anthony part avec les 2 caméras qui seront installées dans la voiture, afin de faire vivre son expérience de voyage à travers le Canada.

7h45 : Je démarre Suzanne. Elle a bien froid. Fumée blanche. Comme presque tous les jours, starter obligatoire.

Anthony habite à environ 20 min de chez Marc. Il construit depuis 9 ans sa ”dry cabin”, comprenez une petite maison en bois, isolée, mais sans eau courante et avec les toilettes… au fond du jardin.

Le mode de vie est rustique. Mais il faut savoir qu’en dehors de Fairbanks, il n’y a pas de réseau d’eau. Le froid étant trop prononcé la majeure partie de l’année, seule Fairbanks bénéficie d’un système pour maintenir les canalisations hors gel.

Ainsi, la vie s’organise en fonction de ces conditions. Par exemple, beaucoup de lieux publics ainsi que des entreprises privées ont des douches et des machines à laver, en libre service. Quand il fait -40°C l’hiver, les habitants des dry cabin se rendent dans ces lieux pour retrouver un peu de confort.

Nous avons vécu ce système chez Marc, en été, avec des températures parfois proches de 0, je peux témoigner que ce n’est pas simple, mais quelque part, cela vous ramène à l’essentiel, et l’expérience m’a plu.

9h : Nous voyons partir Suzanne à l’angle de Roxie Road après qu’Anthony nous ait redéposé chez Marc.

11h30 : Shirley vient nous chercher pour nous amener à notre hôtel où nous allons résider 48h, avant de prendre l’avion pour Seattle.

12h30 : Déjeuner avec Shirley au WesmarkHotel. Encore du saumon !! 

15h : Visite du cimetière natif de Fairbanks.

L’occasion aussi d’aborder de nouveau avec Shirley les traditions de son peuple Anthabascan.

16h : Nous retournons à l’hôtel. Sur le chemin, Shirley fait un stop au Doyon Limited, dont elle est fièrement actionnaire.

https://www.doyon.com/about/history/

20h : Dîner 

23h : Coucher

 

JOUR 19 : 28 août 2021

Fairbanks

3°C

Pluvieux devenant ensoleillé

Levés 10h 

Nous avons rendez-vous avec Marine à 13h pour nous rendre à North Pole chez Santa Claus.

Entretemps, nous travaillons.

Je dois régler de nombreux sujets administratifs, c’est toujours long et fastidieux. Je prends notamment les billets d’avion pour Gildas et moi. Nous partirons mardi à 15h55 sur le vol Alaska Airlines en direction de Seattle. Il nous reste donc à passer 3 jours ici à Fairbanks.

Cela nous laisse le temps de dire au revoir à celles et ceux que nous avons rencontré.

13h : Marine nous attend devant le Museum of North Pole. Nous partons pour la petite ville de North Pole située à l’ouest de Fairbanks, à environ 20 minutes de voiture.

La cité a une vocation essentiellement touristique et commerciale, axée sur le Père Noël, à l’instigation de Con Miller, en 1949.

Les rues de North Pole portent des noms en rapport avec la fête de Noël, comme la rue du Père Noël, la rue du bonhomme de neige, la rue saint Nicolas. Les éclairages publics sont décorées de sucres d’orge tandis que les voitures de pompiers et les ambulances sont peintes en rouge et les voitures de police en vert et blanc.

Nous nous rendons au magasin de la maison du Père Noël (Santa Claus). Fascinant, tout est tellement kitch !

Le couple de propriétaire a créé un business comme seul l’Amérique sait faire. Elle et lui ont changé de nom, et s’appellent CLAUS, lui SANTA. Ils ont cette grande boutique à North Pole et leur petite entreprise ne connaît visiblement pas la crise !!

17h : Nous retrouvons Anthony pour un dernier check up. Le rendez-vous est pris pour le lendemain, chez lui à 8h, pour lui remettre notre voiture Suzanne ainsi que ses papiers.

Anthony D. Kuhn a 51 ans, il vit et a grandi à Fairbanks, en Alaska, après avoir parcouru le monde en tant que militaire et finalement en tant qu’aviateur dans l’US Air Force. Il est diplômé de l’Université de l’Alaska avec un Bachelor of Arts en littérature anglaise et en langue allemande et apprécie toujours ces deux activités. Anthony est un pianiste de longue date qui a récemment joué quelques morceaux de ragtime au célèbre « Malemute Saloon » de Fairbanks avec des amis. Il construit sa propre maison et aime faire du fat bike, rencontrer de nouvelles personnes et est honoré d’apporter son aide à l’expédition, aide qui a été validée par l’Aventure Citroën, propriétaire de la voiture Suzanne.

18h : Direction le Chena Bingo pour retrouver Shirley et Terry.

Le bingo est une institution pour les natifs, ils peuvent venir y jouer plusieurs fois par semaine et y dépenser des sommes folles.

J’ai donc voulu essayer avec Gildas !

Gildas et moi prenons 2×8 grilles papiers et 1 grille électronique. Total 48$.  Shirley et Terry en prennent le double, chacun…

La séance débute à 19h et va durer jusqu’à 21h.

L’expérience est insolite. Il n’y a pas un bruit dans la salle qui regroupe pourtant plus de 150 joueurs. Tout le monde est concentré sur les numéros qui sortent et sur les multiples grilles sur la table devant eux.

Au bout de 30 minutes, Gildas et moi avons beaucoup de peine à rester concentrés ! Il faut avoir une sacré dose de patience ! 

Les grilles s’enchaînent. Au bout de la 4ème : pause générale. 10 min, pas plus. 

Ouf ! Nous filons comme les autres nous restaurer et boire, et reprenons, tel des sportifs, nos chaises respectives face à nos grilles et à l’écran qui diffuse les numéros des boules qui sortent au tirage, toutes les minutes.

C’est reparti pour 4 nouvelles grilles de bingo.

Résultat : nous n’avons pas gagné 1$, tandis que Shirley et Terry en ont gagné plus de 500 !

Le plus important dans cette soirée a été pour moi de comprendre l’impact social du bingo. Le Chena Bingo de Fairbanks est une habitation reliée aux natifs, de construction en bois, traditionnelle. C’est avant tout un lieu de vie et de partage. Les sommes récoltées lors de ces séances de jeux, reviennent à d’autres institutions ou associations qui permettent de préserver et de faire vivre la culture native. 

Partout en Alaska, on joue au bingo, et je suis très contente d’avoir pu y participer avec Shirley.

22h : Je passe à la station d’essence pour faire le plein avant le départ d’Anthony demain matin.

Minuit : coucher

 

JOUR 18 : 27 août 2021

Fairbanks

10°C

Pluie

Levés 9h

Il fait froid dans la cabin. Nous faisons un feu et allumons le chauffage. Pour Marc, notre hôte helvète, c’est l’été, pour nous c’est l’hiver… Nous sommes transis de froid.

11h : Laverie

12h : Nous rejoignons Anthony chez Lulu’s pour déjeuner.

Nous devons discuter de la traversée du Canada. Il a emmené le Milepost et déjà établi son plan de route. Tout est parfait.

14h : Nous partons essayer la voiture. Je lui montre tout. Lui apprend à reconnaître certains bruits très particuliers de la voiture.

J’ouvre le capot moteur également.

Tout se déroule à merveille.

Anthony fait désormais partie d’un petit cercle de privilégiés qui vont avoir la chance de conduire la fameuse Suzanne.

16h : Nous partons chercher quelques équipements supplémentaires pour le voyage d’Anthony et notamment des chaînes pour la traversée des Rocky Mountains où il peut y avoir de la neige en cette période. Tous nous ont indiqués ici d’en avoir si besoin.

Nous nous arrêtons à 6 Robblees Inc puis chez Napa et enfin chez O’Reilly, en vain.

Ici ils n’ont pas la taille de chaîne pour les pneus si fins de Suzanne.

Anthony fera donc sans. Il sera prudent. J’ai toute confiance.

17h : Nous rentrons à la cabin de Marc.

18h : Direction le Malamute Saloon pour boire une bière et écouter du Blues grass.

L’endroit est typique. C’est le farwest aussi ici !

21h30 : Dîner au coin de la cheminée

Minuit : coucher

 

JOUR 17 : 26 août 2021

Fairbanks

5-10°C

Pluie

Levés : 9h

J’ouvre mon téléphone. J’ai encore de nombreux messages. Nous sommes soutenus outre Atlantique, cela est tellement réconfortant.

Je lis le sms de Xavier (Directeur du Conservatoire Citroën) en premier : ”J’ai trouvé un financement !”

Je relis encore une fois. Je vois qu’il a aussi essayé de m’appeler en pleine nuit (nous avons 10h de décalage horaire), je me dis alors que c’est sérieux.

On est sauvés ! L’expédition va continuer !!

Je lis les autres messages de soutien et je tombe sur celui de Gérard. Il faut que je le rappelle au plus vite également. Gérard ne dormait plus depuis plusieurs jours en raison de la situation plus que précaire que nous vivions ici en Alaska.

Je me remets finalement sous la couette, et je plonge dans mes pensées, je suis épuisée moralement en fait. Mais, maintenant, il faut revoir la traversée du Canada, reprendre la route, mille choses à faire…

Il me faut surtout retrouver la bonne énergie, la bonne dynamique car depuis 48h, je souffre… le moral est au plus bas.

Je finis par me lever. J’annonce la bonne nouvelle à Gildas. Il est tellement content !

Je déjeune… dans mes pensées, devant l’ordinateur.

J’appelle Xavier.

L’échange est nettement plus détendu que celui de la veille ! On se sent apaisés tous les deux et en phase. Nous avons réussi à trouver une solution, sur le fil.

Je dois maintenant poursuivre le travail pour établir le plan de descente du Canada, car il ne nous sera pas possible de le faire Gildas et moi, physiquement. J’ai la journée pour trouver quelqu’un pour nous aider. Et je suis sûre que je vais y arriver.

J’appelle Gérard. Je le sens soulagé et heureux. Le moment est fort entre nous. Nous nous connaissons si bien.

Je passe ma matinée à travailler.

Nous n’avons pas de rendez-vous aujourd’hui, si ce n’est celui avec Anthony Kuhn que nous avons rencontré hier soir lors du Fire Camp.

14h : Déjeuner downtown.

15h : Nous partons pour le Hoo Doo, l’une des brasseries bien connues de Fairbanks. Nous retrouvons Anthony autour d’une bière. Je lui explique que nous cherchons un chauffeur pour traverser le Canada. Il me sourit et me dit : I do it ! 

Banco Anthony ! Nous prévoyons de nous voir le lendemain pour déjeuner ensemble chez Lulu’s afin de discuter de la route et de faire un tour complet de la voiture. Nous irons ensuite au Fountainhead Museum pour remettre Suzanne sur le pont et s’assurer du maintien de nos précédentes réparations.

17h : Direction le car wash pour faire une beauté à Suzanne avant son départ pour le Canada.

19h : Nous rejoignons Marine Vanlandeghem au Pump House pour dîner.

22h : J’envoie un email à Xavier pour le prévenir que j’ai trouvé un conducteur pour traverser le Canada et lui envoie tous les papiers au sujet d’Anthony afin qu’il me retourne un document officiel signé Citroën à son intention.

On the road again !

Coucher : 23h

 

JOUR 16 : 25 août 2021

Fairbanks

Pluvieux

10°C

Levés 9h.

Nous partons vers 11h au Tanana Valley Farmers Market, marché de producteurs locaux.

Nous retrouvons Shirley, une nouvelle fois. Moment hyper sympa, comme d’habitude, elle est notre guide ici.

13h : Nous nous rendons au Morris Thompson Center. pour rencontrer Marie Yaska, une “aînée” qui vivait à Huslia. Elle fait partie du programme Denakkanaaga.

Le Morris Thompson Cultural & Visitor Center est un lieu de rassemblement, de découverte, d’éducation et de célébration autochtone fondé par feu Morris Thompson. Morris Thompson était une figure Koyukon Athabascan, né en 1939, dans le village de Tanana. Ce musée retrace l’histoire et les activités saisonnières des modes de vie locaux. De nombreuses activités sont créées entre les jeunes et les aînés pour garder le lien social et transmettre la culture native.

Shirley nous accompagne de nouveau. C’est grâce à elle que nous avons eu ce précieux contact.

J’interview Marie. Elle a 83 ans.

Nous parlons de son enfance, de ses conditions de vie, de sa vie de femme, de son éducation, de son implication dans le programme Denakkanaaga.

Je vis un moment suspendu.

Au bout de  ¾ d’heure, nous passons à table. Nous sommes invités à partager une soupe traditionnelle à base de moose (élan) et de légumes.

Délicieux.

Nous sommes ensuite rejoints par Sara Harriger, elle est la Directrice exécutive du musée. Elle arrive en nous parlant … français !

Sara a vécu de nombreuses années en France, où elle a été Consule pour les USA, notamment en Bretagne. Nous sommes ses invités et nous avons la chance de partager avec elle une visite du Musée. Shirley n’est jamais bien loin et ses témoignages personnels précieux illustrent ce que nous voyons au fil de la visite.

 

Gildas décide d’aller faire quelques emplettes au Gift shop du coin. L’endroit est plus qu’étonnant… des milliers d’objets et une odeur… particulière à l’intérieur !!! 

19h30 : Dîner 

20h : Nous partons dans un Fire Camp. Le Fire Camp est un endroit où se retrouvent les habitants du quartier, disons de la proche forêt. C’est un lien social, où l’on discute et boit de la bière. Le dernier de l’été qui annonce l’hiver. 

Nous faisons la connaissance d’Anthony, 42 ans et déjà mille vies. Il nous indique qu’il y aurait une DS dans les parages… Demain, nous partirons à la recherche de la grande sœur de Suzanne !

Coucher : 22h

 

JOUR 15 : 24 août 2021

Fairbanks

Pluie

15°C

Levés 9h.

11h : Nous nous dirigeons vers le Fountainhead Antique Museum pour vérifier avec l’équipe mécanique, l’état de Suzanne.

Nous changeons l’amortisseur avant droit.

Nous en avions un de rechange avec nous.

Shirley nous rejoint. Je suis si contente de la retrouver.

Nous sommes bien entourés. Ici, la solidarité n’est pas un vain mot. On dit même que les Alaskiens sont solidaires par anticipation.

Dans cette phase difficile, cela maintient notre moral. 

Willy, le directeur du musée, nous achète même une pizza. Sympa. Et quand on sait que l’on ne mange pas à notre faim tous les jours, cela s’apprécie d’autant plus.

Après la réparation de l’amortisseur, Shirley nous emmène au Cookie Jar boire un café accompagné d’un dessert. Y travaille son mari et deux de ses neveux.

Là encore, que de gentillesses, que de belles discussions. Nous sommes ses invités. Shirley est Athabascane, elle a cette culture du don, de l’autre, de la générosité. Elle a tant fait pour nous ces derniers jours. 

Elle nous répète souvent ”God has a plan for you”…

Une spiritualité inspirante.

Je me dois de la remercier. Je réfléchis à le faire d’une belle manière avant de partir. Elle le mérite tant.

16h : Lessives au Laudrymate. La corvée hebdomadaire et, pour la première fois, en mode moral dans les chaussettes …

Non, clairement, nous n’avons pas le moral. Nos partenaires actuels ne relaient pas l’expédition. Il nous manque de l’argent pour descendre vers le sud. On est inquiet de la situation.

Quel gâchis. 

Nous avons fourni un travail considérable, de plus en plus de gens nous suivent et l’expédition risque de s’arrêter.

17h : Courses sachez Fred Meyer. Fromages !!!

Nous croisons un motard tourdumondiste. Echanges sympathiques entre “routards” en Alaska.

18h : Dîner. 

Nous retrouvons Marc devant un bon repas chaud, accompagné d’une bonne bouteille de vin.

Cela nous fait du bien dans cette période complexe.

Minuit : Coucher.

 

JOUR 14 : 23 août 2021

Tok

Levés 10h.

Temps couvert 

10°C.

Nous travaillons dès le lever, malgré la fatigue.

J’appelle les Customs de nouveau pour connaître la décision définitive du supervisor.

Ce sera NON. Il nous faut attendre jusqu’au 07 septembre ou trouver une autre solution.

14h : Déjeuner chez Gast Eddy’s à Tok.

Départ 15h.

Avant Delta Junction, nous perdons la Go Pro en route…

1h à chercher sur les bords, en vain.

Cette Go Pro restera en Alaska.

21h : Arrivée chez Marc. 

Diner. Le moral n’est pas au beau fixe, mais grâce à Marc et à son éternelle bonne humeur suisse, nous passons un bon moment.

J’appelle enfin la Consule de France pour l’avertir de la situation, puis Xavier Crespin.

Coucher : minuit.

 

JOUR 13 : 22 août 2021

Fairbanks

Temps splendide 10-15°C

Levés 9h.

Départ 11h.

Petit dej frugal préparé par Marc.

Derniers moments avec Richard qui reprend la route pour Anchorage avec sa 2CV.

Marc décide quant à lui de nous accompagner jusqu’à Delta Junction. Il repartira en stop à Fairbanks.

14h : Déjeuner avec vue sur l’Alaska Range. Marc a prévu le pique nique : baguette (faite maison), fromage, jambon fumé). Je sors la roue de secours pour faire office de table.

Au moment de repartir, j’aperçois une flaque d’essence sous la voiture…

Entre temps, s’arrête Shirley. J’hallucine. Shirley est là, avec son gros pick up blanc, à ses côtés son jeune fils. Je ne sais pas pourquoi elle est là. C’est totalement fou. Je n’en reviens pas. Et pile au moment où les soucis mécaniques arrivent comme si ”l’Alaska” ne voulait pas que l’on s’en aille. Etrange sensation. 

Nous ouvrons rapidement le capot. On trouve un tuyau déconnecté. On cherche. On réveille Gérard. On tourne en rond. Pas facile avec la distance. 

Au bout d’une heure, on comprend que Marc qui conduisait la Suzanne depuis Fairbanks n’avait pas totalement coupé le contact et la pompe à essence fonctionnait toujours un petit peu. D’où la fuite.

Ouf. Plus de peur que de mal. Nous repartons. Shirley vers Fairbanks, nous vers la frontière. Nous y serons dans plusieurs heures.

17h45 : Arrêt à Tok.

Je complète le plein d’essence. Les stations ne courent pas les rues sur cette route qui va à la frontière. Marc m’vait prévenu, dès que tu peux, tu t’arrêtes, tu complètes.

22h : Arrêt à la frontière canadienne

Je ne vois pas le signal rouge et je traverse en m’arrêtant de l’autre côté.

Rappel à l’ordre !

”Vous parlez français ? Vous n’avez pas l’autorisation de passer si le signal n’est pas vert. Revenez s’il vous plaît. Vous savez que vous risquez la saisie de votre voiture ?”

Super… Ça commence bien.

Je fais marche arrière. Je me représente devant l’agent dans son box, en mode péage autoroutier.

On tend nos papiers : vaccins, tests Covid, passeports.

On m’autorise alors à garer la Suzanne.

Direction les bureaux.

Après quelques minutes, on m’explique que notre dossier ne rentre pas dans les cases pour être autorisés à entrer au Canada.

J’explique alors l’expédition, Citroën,  etc. Nous avions préparé notre discours dans la perspective qu’il faudrait argumenter.

L’agent Plamondon est francophone. Cela aide. Elle comprend le sujet. Je sais qu’elle a envie que l’on passe, mais elle est liée aux règles en vigueur. 

Elle appelle alors son supervisor.

Réponse négative.

J’insiste. J’explique que nous ne pouvons pas attendre le 07 septembre, que j’ai un problème mécanique, que les conditions climatiques vont se durcir d’ici 15 jours et que cela va rendre encore plus difficile notre périple.

Elle rappelle son supervisor.

Finalement, ce sera un non pour ce soir, MAIS, le supervisor du supervisor peut nous donner une exemption. Il faudra que nous patientons le lendemain matin.

Nous n’avons pas le choix que de rebrousser chemin. Il est minuit.

Je demande au douanier de nous réserver un motel à Tok. 180 km plus à l’ouest.

In extremis avant la fermeture, nous obtenons une chambre au Young’s motel.

 

La route est difficile, la nuit, il ne fait pas bon rouler en Alaska. Les routes sont dangereuses (bumps, trous, animaux sauvages), qui plus est avec un problème d’amortisseur, on est tendu.

Je conduis au radar pendant 2h. Suzanne résiste, nous aussi.

Épuisés nous arrivons au motel. 

Nous mangeons les restes du pique nique de ce midi. 

Je passe quelques coups de fils pour envisager de réparer Suzanne au plus vite et appelle Xavier Crespin directeur de L’Aventure Citroën pour l’informer de la situation.

Coucher 2h30.

498 km dans la journée

 

JOUR 12 : 21 août 2021

Fairbanks

Levés 10h.

Nous partons en fin de matinée au Water Wagon.

Marc n’a pas l’eau courante, il faut donc approvisionner en eau régulièrement.

Nous prenons plus de 300L dans 7 bidons.

Ce matin j’ai froid, malgré les 3 couches de vêtements. Fatigue sans doute. On fait du feu dans la cabin pour se réchauffer.

Le colis FedEx contenant le tracker GPS est arrivé à Anchorage.

Richard est allé le chercher.

Il n’y a pas d’avion ”cargo” pour le courrier le week end, ainsi Richard décide encore une fois de nous aider, et de prendre la route pour Fairbanks. Ce soir, nous devrions être reconnectés au satellite !

14h : Nous partons chez Anita Fowler (Sirius Sled Dog) qui possède un élevage de chiens de mushers et de rennes.

16h : Déjeuner. Pâté de caribou et croissant au jambon.

17h : J’ai rendez-vous avec Shirley, que nous avions vu la veille à Voice of Denali. Elle a préparé pour nous une soupe de d’élan (moose) ainsi que du saumon fumé.

Elle me donne aussi deux adresses proches de la frontière où nous nous arrêterons demain, à Northway Jonction. Sa sœur et une amie Athabascane Lorraine Titus vivent là bas. Nous sommes attendus. Nous espérons peut être même passer la nuit dans la communauté.

La séparation avec Shirley est difficile pour moi.

Je suis triste.

Je ne peux retenir mes larmes quand elle m’offre le collier qu’elle porte tous les jours. J’en connais la valeur. Je le porterai chaque jour du voyage en pensant à elle.

Je sèche mes larmes et nous reprenons la route.

Quelques courses chez Walmart.

19h : nous partons visiter Creamer’s field pour voir et photographier les grues avant leur migration vers le Texas mi septembre.

L’endroit est magnifique. Le soleil généreux en cette fin de journée.

20h : Richard arrive avec sa 2CV depuis Anchorage !

Il s’est fait arrêté à Nenana, non pas pour excès de vitesse mais parce que les troopers voulaient voir la voiture !

Nous nous empressons de remettre le nouveau boitier GPS, de rouler quelques miles : cela ne marche toujours pas…

 

Dîner : purée de pomme de terre avec de l’élan, fromages suisses et cake aux noix/café, le tout agrémenté d’un bon vin.

Richard, grand collectionneur de thé, avait aussi apporté quelques sachets de feuilles de thé rares… nous finissons ainsi la soirée dans une ambiance plus qu’agréable dans la cabane de Marc…

Coucher 1h.

 

JOUR 11 : 20 août 2021

Fairbanks

Levés 10h. Bien dormis. 

Mais je sens qu’il me manque beaucoup d’heures de sommeil. Je suis cassée…

Nous attaquons la journée avec les croissants spécialement cuisinés par Marc, accompagnés d’un café à l’italienne. Un régal !

12h : Nous nous dirigeons à l’aéroport afin de faire notre test Covid pour passer la frontière canadienne au programme de dimanche. La veille, Marine, une française en doctorat d’archéologie à l’Université de Fairbanks, nous avait donné l’information que le test était gratuit là bas, au terminal des départs.

Nous demandons un test PCR, mais on nous indique qu’un simple ”Molecular NAAT” test suffit pour la frontière canadienne. Nous aurons donc 20min plus tard nos résultats : tous les deux négatifs. Soulagés ! 

13h. Direction la laverie. Nous n’avons plus rien de propre à nous mettre. Comme chaque semaine, c’est un peu la corvée, mais nous n’avons pas le choix !

Gildas cherche pendant ce temps un coiffeur. Visiblement dans le quartier il faut prendre rdv. Dommage, nous n’avons pas le temps. Ce sera ce soir la tondeuse de Marc qui fera l’affaire.

Nous rencontrons ensuite dans l’après midi Shirley HOLMBERG, qui travaille au sein de la radio Voice of Denali. Shirley est une native Athabascane.

Voice of Denali a été créé par la l’Athabascan Fiddlers Association (AFA).  L’AFA est bien connue pour l’organisation et la réalisation du Fiddlers Festival annuel qui a lieu à l’automne à Fairbanks, en Alaska.  Cette célébration de la musique, de la culture et des traditions athabascanes rassemble des centaines d’autochtones athabascans et d’autres cultures de l’intérieur de l’Alaska pour quatre jours de célébration culturelle et musicale.  Les musiciens viennent de loin pour jouer et écouter la meilleure musique qui soit.  Pendant qu’ils jouent et écoutent, ils partagent également, ce qui aide l’AFA à remplir sa mission pour la conservation globale de la culture musicale.

Moment inoubliable de partage de nos cultures respectives.

Shirley est aussi montée à bord de la Suzanne !

ℹ️ Plus d’informations sur : https://www.krff891.com/

Nous rejoignons Marc à sa cabine vers 17h30, pour repartir aussitôt boire un verre à la distillerie locale Ursa Major, qui ferme à 20h.

La distillerie propose essentiellement des cocktails à base de gin, plutôt très bons.

Retour vers 20h.

Au dîner, pâtes au saumon, d’Alaska bien sûr !

Coucher : 1h

Note :

Essence : 508 km

15 gallon

Plus 5 gallon bidon secours

 

JOUR 10 : 19 août 2021

Journée de transition : Anchorage – Fairbanks

15-20 °C

Beau temps pour le départ de 12h30

Nous faisons de l’essence : 14.8 gallons pour 52.2 dollars. Nous avons fait 500 km (je vous laisse calculer la consommation !)

Temps pluvieux après le parc de Denali et la température ambiante baisse fortement : entre 0 et 5°C.

Conditions de route très difficiles… c’est l’Alaska !

Pendant que je conduis, Gildas, à l’arrière côté passager, travaille sur les films. Il monte la vidéo du jour. Pas facile de travailler dans de telles conditions, qui sont très proches de celles d’un bateau en mer, mais Gildas s’en sort à merveille, il n’est pas malade !

Arrivés à 19h30 chez Marc Oggier (chercheur helvète de l’Université d’Alaska, que nous avions rencontré quelques jours plus tôt) à Fairbanks. 

Marc n’est pas encore là, il est à son match hebdomadaire de frisbee, mais la ”cabin” est ouverte et nous attend.

Nous faisons un bon feu de cheminée pour nous réchauffer et travaillons en attendant son retour.

22h : Dîner, au menu, pâté en croûte, de caribou

Fromages suisses et tarte aux myrtilles pour le dessert !

Le tout accompagné d’un bon vin.

Un régal pour les papilles !

Coucher 1h. Épuisés, nous avons fait 608 km précisément dans la journée.

 

JOUR 9 : 18 août 2021

Anchorage

15-20 °C

Ensoleillé

9h30, Sonia Lelarge nous attend pour que nous partions ensemble à l’Alaska Native Heritage Center, à environ 30 min de voiture d’Endeavor Circle, là où nous avons posé nos valises pour quelques jours.

L’Alaska Native Heritage Center préserve et renforce les traditions, les langues et l’art des peuples autochtones de l’Alaska grâce à une collaboration, une célébration et une éducation à l’échelle de l’État.

Au cours de la visite, nous avons découvert six authentiques habitations autochtones grandeur nature situées dans une zone boisée autour du magnifique lac Tiulana. Nous avons pu appréhender ainsi les modes de vie traditionnels des Athabascans, Inupiaq/St.  Lawrence Island Yupik, Yup’ik/Cup’ik, Aleut, Alutiiq et les peuples Eyak, Tlingit, Haïda et Tsimshian.

Chaque site de village a une structure traditionnelle ainsi que des artefacts que chaque groupe utilisait dans sa vie quotidienne.

Une visite absolument passionnante dans le cadre de notre mission de reportages sur les peuples autochtones.

12h : nous retrouvons Richard et Linda pour déjeuner dans un fast-food typiquement alaskien ”Local Burgerman”

Je m’enfile un Halibut Burger avec un soda… avant de partir pour l’aéroport, Alexandre nous attend.

13h : Alexandre et sa 2CV ”Tintin” sont sur le tarmac.

Ici, peu de formalités, on rentre sur le tarmac en voiture, la seule recommandation étant ”don’t cross the orange line” !

Le colonel Alexandre Roesch est membre de la Commemorative Air Force, et c’est avec un magnifique Harvard Mk. IV T-6 de la North American Aviation de 1938, ayant appartenu à la Royal Air Force puis à la Royal Canadian Air Force que j’ai volé aujourd’hui.

Un moment inoubliable, dans des paysages spectaculaires.

Lorsqu’Alexandre m’a proposé de faire quelques exercices de voltiges, je lui ai dit : ok, let’s try !

Au premier up and down, j’ai dit ”stooop”, au risque de “burgeriser” l’avion !

18h30 : Nous rejoignons le club automobile de Richard. C’est un dernier au revoir avant notre départ. De nombreuses voitures anciennes sont venues sur le parking du supermarché. Voitures toutes plus rutilantes les unes que les autres

… Cadillac, Chevrolet, Ford model A etc

Après une courte ride dans la ville, nous filons tous au restaurant Firetap.

Je vais enfin manger une salade !!

La soirée est excellente. Nous rentrons vers 21h30.

Je vérifie avec Richard une dernière fois la voiture avant le départ demain.

Coucher 23h30.

 

 

JOUR 8 : 17 août 2021

Anchorage

10°C 

Pluvieux

Levés 10h.

Enfin une nuit complète pour moi. 

Richard m’emmène chez Costco pour acheter un booster et convertisseur pour Suzanne.

Nous trouvons un modèle un peu plus gros que prévu mais hyper fiable, modèle de chez Caterpillar. 99$ ça vaut le coup.

En plus, il permet de gonfler les pneus. Parfait !

Après un dej a l’américaine, hot-dog et soda directement pris dans le magasin, nous rentrons.

L’après midi, j’appelle Sonia Lelarge, Consule de France pour que nous allions nous balader on the shore.

Elle vient souvent se promener dans cet endroit que l’on appelle Tidal Flats.

Elle y voit de temps en temps des ours et des mooses. Nous emportons d’ailleurs le fameux ”bear spray” que l’on porte à la ceinture…

Prudence est de mise.

Nous marchons une bonne heure dans cet endroit magique.

Nous apercevons même des traces de pattes d’ours…

Mais pas d’ours en vue.

Retour home vers 17h30.

Ce soir, nous avons visionné avec Richard et Linda les rushs des derniers jours.

Coucher 1h.

 

JOUR 7 : 16 août 2021

Anchorage

10°C 

Pluvieux

Levés 9h.

Nous travaillons jusque 13h sur les films et la mise à jour du site web. On relève la Go Pro qui a tourné toute la nuit braquée sur la Suzanne,  pas de moose ou d’ours autour de la voiture, nous recommencerons la nuit prochaine.

Vers 15h, j’ai rendez-vous chez Davin Holen, un scientifique spécialiste de la résilience des communautés côtières de l’Alaska Sea Grant. 

Nous parlons de changements climatiques et de la façon dont ceux ci impactent la population autochtone. Nous recueillons aussi des informations sur la façon dont les autochtones s’adaptent à leurs nouvelles conditions de vie.

Davin s’efforce de permettre aux communautés de s’adapter aux conditions océaniques et climatiques en évolution rapide et aux paysages terrestres changeants du sud est de l’Alaska à l’Arctique.

Vers 16h30, je rejoins Samuel Johns que l’on appelle ici AK REBEL. Nous le retrouvons à Cuddy Park. AK REBEL est un artiste Ahtna et Gwich’in Athabascan qui se présente comme un rappeur motivationnel.

Il introduit dans ses rimes et ses discours des phrases chocs pour motiver les jeunes autochtones en perte d’identité. Il utilise aussi sa notoriété auprès d’eux pour parler de la violence domestique et des enjeux environnementaux qui pèsent sur leur culture de survie.

Samuel est monté à bord de la Suzanne avec beaucoup d’enthousiasme. Nous avons beaucoup échangé et écouté aussi l’une de ses chansons.

Il a laissé un message personnel à ceux qui en Europe pourront l’écouter lors de cette interview, rare.

Pour écouter ses chansons  :

Dîner chez Art’s à Peters Creek.

Maison splendide. Collection de voitures anciennes incroyables : 14 au total dans un garage sur 2 niveaux.

Coucher 1h.

 

JOUR 6 : 15 août 2021

Anchorage

10°C 

Nuageux

Dimanche : repos

Nous sommes de nouveau chez Linda et Richard qui nous ont accueillis dans la nuit après une interminable journée sur la route, depuis Fairbanks.

Levés à midi,  à peine reposés des fatigues de la veille.

Pancakes et coffee

Nous travaillons sur la Suzanne jusque 16h :

  • Nettoyage extérieur
  • Retendu la courroie
  • Réparation d’un impact de gravier sur le phare avant gauche
  • Colmatage d’une fuite au pare brise
  • Recollage d’un joint de coffre
  • Remontage d’un essuie glace (qu’il faudra changer)
  • Nettoyage du filtre a air

Puis Richard et Linda nous amènent sur les hauteurs d’Anchorage. Magnifique. Mais on n’aperçoit toujours pas Denali (autre nom de la montagne Mc Kinley). Trop de nuages.

18h30 : dîner chez Sonia Lelarge, consule de France

Côtes de bœuf et gratin Dauphinois accompagnés d’un bon Châteauneuf du Pape.

Enfin un vrai repas depuis des jours !

Nous sommes ravis.

Après le dîner, ma journée n’est pas terminée, avec le décalage horaire, c’est le moment d’appeler en France.

Téléphoné à Xavier Crespin, de l’Aventure Citroën

Téléphoné à Optimum automotive, ce sont les fournisseurs du GPS qui devrait permettre à tous de suivre notre position sur le site de l’expédition. Depuis Seattle, l’émetteur ne fonctionne pas,  ils doivent en renvoyer un au plus vite à Anchorage.

Coucher 1h.

Gildas a installé une caméra dehors pour cette nuit : des élans et ours sont fréquents autour de la maison. On espère capturer des images de ces animaux autour de la Suzanne, qui dort dehors.

 

JOUR 5 : 14 août 2021

Fairbanks – Nenana – Anchorage

601 km

10°C 

Couvert

Départ 12h10

Nous avons visité le village de Nenana. Petit village à 1h de Fairbanks, sur la route d’Anchorage.

Pas grand monde dans les rues de ce village de 300 âmes.

Nous cherchons le maire.

Après la Poste où j’envoie de nouveau des cartes postales, on nous indique que le maire se trouve au ”grocery” du village. Nous sommes bien accueillis, mais le maire est en vacances à Hawaii…

Raté !

Après avoir échangé quelque temps avec le patron des lieux, grand barbu, un peu sale, il téléphone à quelqu’un qui pourrait nous aider dans nos recherches sur les autochtones.

Nous attendons…

Puis nous partons vers le musée local du rail. Nous avons droit à une visite privée, très sympathique. Le chemin de fer est arrivé ici en 1923 et a été inauguré par le président de l’époque. Il a permis de transporter le sérum contre la diphtérie depuis Fairbanks. Le sérum est ensuite parti en chien de traineau jusqu’à Nome.

Nous rencontrons finalement Jeri Knabe, assistante administrative du Nenana Native Council. Nous passons un excellent moment d’échange avec elle. Elle nous amène au River Camp où au mois de juillet des enfants séjournaient dans ce camp estival où les natives se retrouvent autour de danses, chants, mets traditionnels etc , le long de la rivière.

Puis elle nous amène à sa ”cabin” petite maison en rondins de spruce en plein coeur du village de Nenana. Nous goûtons les crackers préférés des natives et repartons avec un bocal de saumon séché, pour le petit dej de demain matin.

Nous reprenons la route vers 15h, direction Anchorage.

Vers 19h50, un énorme bouchon nous arrête sur la Highway, accident grave.

Nous sortons le drone et l’envoyons en reconnaissance, il y a des kilomètres de véhicules immobilisés, nous en avons visiblement pour des heures…

Le froid commence à tomber, les moustiques sont plutôt envahissants… dur dur…

Derrière nous, nous tombons sur une américaine parlant français et qui possède elle aussi un drone dans sa voiture.

Allez, c’est parti, concours de drone sur la Highway !!!

Richard nous attend à Anchorage. Nous le prévenons d’un fort retard…

Enfin, après 4 heures d’arrêt, ça repart. Je regarde avec inquiétude la jauge d’essence qui est bien basse, je téléphone à Gérard entre deux avions à Anchorage, selon ses calculs nous pouvons rouler encore au moins cinquante kilomètres, pas beaucoup plus, et nous sommes à 90 kilomètres d’Anchorage… enfin une pompe providentielle!

Nous arriverons, éreintés, à 2h du matin chez Richard qui aura eu la gentillesse de nous attendre .

Une pizza, un thé et vite au lit !

 

JOUR 4 : 13 août 2021

Fairbanks

Beau temps.

15°C.

Après avoir dormi au Westmark Hôtel, nous repartons vers 11h.

Nous croisons de nouveau Alexandre et son fils Charles, sur le parking de l’hôtel. Le hasard nous avait fait atterrir dans le même!

Nous nous rendons ensuite au Tanana Chief Center pour prendre nos premiers contacts.

Je me mets en relation avec Leona Long, la responsable des relations publiques, qui transmet à ses collègues ma demande d’interview. Nous verrons la semaine prochaine si nous pouvons avoir les informations que nous recherchons, lors de notre retour à Fairbanks.

Puis, nous repassons au garage du Fountainhead Antique Auto Museum. Le graissage d’hier, fait avec une petite pompe que je transporte avec mes outils de bord, n’était pas suffisant et le train avant faisait encore entendre son mécontentement, il faut recommencer avec une meilleure pompe. Willy, qui nous prête du bon matériel et Suzanne adore, elle a retrouvé ses rotules de jeune fille !

Déjeuner dans un restaurant vietnamien. Le Pho. Pas bon du tout.

Puis nous filons vers l’Université d’Alaska, sur les hauteurs de Fairbanks où nous rencontrons Marc Oggier, de nationalité suisse, chercheur glaciologue  de l’Institut de Géophysique, intarissable pour parler de la banquise arctique et des changements climatiques.

l’Alaska est un immense territoire-laboratoire depuis de nombreuses années et on ne peut être qu’impressionné par la réalité et la vitesse des effets du réchauffement..

Ensuite, nous rencontrons le Dr Claire Alix, française travaillant à l’Alaska Quaternary Center. Claire est Ethno Archéologue, spécialiste de l’utilisation du bois dans l’Arctique, technologie du bois Inuit passée et présente, transport et circulation du bois flotté, vestiges de bois archéologiques, identification du bois et du charbon de bois, recherche sur les cernes.

Recherche primaire sur le terrain : Alaska, détroit de Béring et Arctique canadien.

Elle nous a présenté des collections magnifiques de ses fouilles au Cap Espenberg, datant de 1000 ans. 

Gildas tourne de très belles séquences.

A 18h, nous ramenons Gérard à l’aéroport, il doit rentrer en France, sa mission est terminée, il m’a confié une voiture superbement préparée mais je suis triste de le voir repartir, nous formions un bon trio.

Nous passons une très belle soirée au Malamute Saloon (bar démocrate), orchestre et ambiance country music ! 

Suzanne, qui adore qu’on la regarde, est ravie.

 

 

JOUR 3 : 12 août 2021

Fairbanks

Nuageux

10°C

Nous quittons le B-B ou nous avons passé une bonne nuit et notre exubérante logeuse pour  nous rendre au musée automobile de Fairbanks (Fountainhead Antique Auto Museum) où nous sommes accueillis par Willy, son directeur, un ami de Richard, qui nous avait hébergé à Anchorage.

La visite est géniale. Le musée est magnifique, c’est sans doute un des plus beaux du monde avec des dizaines de voitures toutes plus rutilantes les unes que les autres et toutes en état de marche! il y a parmi elles des pièces uniques.

C’est bluffant de trouver ici au milieu de l’Alaska une telle collection de voitures..

La traction suscite un grand intérêt parmi les employés du musée qui n’en avaient jamais vu.

Willy a un pont et nous propose de lever Suzanne pour  faire un check up ce qui n’est pas un luxe après les 1500 kilomètres de l’aller retour sur la route défoncée de la Dalton.

Je procède aux graissages des rotules du train avant qui grinçaient, après les rudes épreuves qu’elles avaient subies.

Je change l’huile moteur

Et deux mécanos interviennent sur le réglage des portes avant qui ne fermaient pas sans être claquées fortement.

Au total 4h de travail.

Le soir, Willy nous invite à partager le dîner en mode pique-nique de son club auto classique. Nous retrouvons une vingtaine de membres, dans un parking non loin de l’aéroport, venus avec quelques voitures typiquement américaines.

Moment convivial, la Suzanne fait encore sensation.

 

 

JOUR 2 : 11 août 2021

Coldfoot – Fairbanks

420 kms

Pluie 

10°C

Vérifications de la voiture, nos pneus Michelin X résistent superbement, malgré ceux qui les observaient avec scepticisme, imaginant que pour ce genre de route il fallait chausser sa voiture comme un tracteur agricole. Niveau d’huile OK, liquide de refroidissement OK Bonne surprise, malgré les conditions routières exécrables depuis Deadhorse, la Suzanne a consommé moins de 12 litres au 100 km, son réservoir spécial de 70 litres est loin d’être vide et je fais le plein avec une cinquantaine de litres .

A 11h30, après un solide breakfast, nous partons.

A peine trois kilomètres plus loin, quelques toussotements et le moteur cale, me laissant juste le temps de garer la voiture sur un élargissement  de la route providentiel.

Vérification de l’allumage : RAS,.

Serait-ce la pompe à essence? Suzanne dispose de deux pompes, l’une d’origine, une pompe mécanique sur le côté du moteur, pour l’instant non branchée et une pompe électrique, actuellement en service. Gérard débranche le tuyau d’arrivée au carburateur, je remets le contact, la pompe électrique débite bien, mais… 

  • Dis donc, elle sent le gas-oil ton essence !

Damned! j’ai fait le plein avec du gasoil au lieu de l’essence! Il faut dire, à ma décharge, que l’indication sur la pompe était particulièrement ambiguë (photo?), et, comme dit Gérard : c’est une erreur qu’il faut commettre au moins une fois, après on ne la refait jamais et là, rien de dramatique, un pick up s’arrête au bout de quelques minutes, à son bord 3 personnes de l’Université de Fairbanks. Un professeur biologiste, en charge de l’observation des lynxs et 2 étudiantes.

Purge du réservoir, essence de notre jerrican des secours, contact, démarreur, et après quelques secondes la brave Suzanne ronronne joyeusement.

2h plus tard, nous atteignons Yukon River Camp.

Arrêt sympathique, comme à l’aller.

Les dames qui tiennent cette station nous reconnaissent. Elles nous offrent du thé et de la nourriture. La nouvelle de notre panne est déjà connue ici, la Dalton est une grande famille !

Nous faisons encore des selfies !

La route est longue et difficile, graviers et terrain glissant sous la pluie et dans la boue, quelques sections goudronnées mais piégeuses avec soudain des zones pleines de trous…

La voiture est couverte de boue

A 18h30 nous arrivons à Fairbanks.

Alexandre et son fils, deux Français rencontrés 2jours plus tôt a Coldfoot nous ont réservés un B&B. Solidarité…

Avant de gagner notre logement du soir, nous lavons la Suzanne…25$ pour venir à bout de la boue et la poussière qui s’est immiscée partout. Y compris à l’intérieur…

Dîner dans un restaurant cubain.

Coucher 1h30 du matin.

 

JOUR 1 : 10 août 2021

Départ compteur : 51100 kms

Prudhoe Bay – Coldfoot. 

404 kms.

9h Interview en live avec Stéphanie Cansell pour son émission Be My Guest.

J’y ai retrouvé Xavier Crespin, directeur du Conservatoire Citroën, également invité de cette émission spéciale 

44 min d’interview autour de ce départ inédit par plus de 70 degrés nord, à 500 kilomètres au delà du cercle polaire, un moment émouvant de partage avec le public qui suit l’aventure !

Nous revenons ensuite à Deardhorse Camp pour boucler nos affaires, après avoir fait un ravitaillement à l’unique magasin d’approvisionnement de Prudhoe Bay et après avoir fait le plein, la pompe la plus proche est à près de 400 kilomètres !

Ici la voiture suscite déjà l’attraction et la sympathie de tous ceux que nous croisons.

Je fais de nombreux selfies et signe des cartes que j’avais éditées avant le départ.

11h30, nous partons.

Le temps est plutôt couvert. Il fait froid. A peine quelques degrés. Un petit vent du nord qui nous vient en direct du pôle nous vaut moins de 0 en température ressentie.

La route défile. Torturée. Des bumps, des trous, par milliers. La suspension est durement sollicitée, d’autant plus que la Suzanne est très lourdement chargée Je souffre aussi. Je négocie chaque mètre de bitume comme on négocie chaque vague en bateau.

Je suis seule désormais à conduire et je fatigue beaucoup car cette conduite impose beaucoup de concentration.

Nous faisons des arrêts pour filmer les paysages absolument fantastiques de l’Alaska.

Nous passons la zone où les arbres commencent à repousser, tout au Nord, il n’y avait rien. L’ambiance était brutale, froide, sans vie. Un endroit où l’on ne fait que passer.

16h. Nouveau stop.

Nous croisons le sergent Gay dans son gros 4×4. Il s’occupe de la surveillance du pipeline.

16h40. Nous atteignons la base du col Antigun, l’endroit le plus délicat de la Dalton. En quelques kilomètres la route s’élève à 1444 mètres d’altitude. La pente est très forte. Il pleut. Suzanne avance dans la boue mais passe sans difficultés, prouvant les exceptionnelles qualités de cette voiture.

18h40 Nous arrivons à Coldfoot Camp. 

Une chambre pour 3.

L’hôtel, si l’on peut dire, est aussi sinistre qu’à l’aller !

Et toujours hors de prix : 259 $ la nuit !

J’ai à peine coupé le contact de Suzanne, que déjà des camionneurs se pressent autour. Ils sont impressionnés de voir ce type de voiture ici et toujours les mêmes questions :

D’où venez-vous ?

Où allez-vous ?

Why ?

Et cela se finit toujours par un ”Amazing !”

Vérifications mécaniques du soir :

Le train avant grince, il a été soumis à rude épreuve, je prévois de refaire un graissage à Fairbanks dans 48h.

 

 

09 août 2021

Ce n’est que vers midi que nous prenons le départ pour l’épreuve de vérité, il faut dire que nous avons tout notre temps, nous montons vers le nord et il ne fera jour jusqu’à minuit… Que nous réserve la Dalton dans sa partie considérée comme la plus dangereuse, le passage du col d’Atigun ?

Nous croisons d’énormes camions, et parfois un et même une cycliste ! La Dalton est pour eux le nec plus ultra du raid et nous les saluons d’un long coup de klaxon, ils le méritent bien, affrontant des pentes à 10 %, dans le froid, avec l’obligation de transporter un matériel de camping, de la nourriture. Chapeau !

Enfin, vers 14h, nous gravissons la longue montée de la redoutée Atigun Pass. Suzanne, en troisième, grimpe sans effort. Cette voiture remarquable nous démontre l’excellence des choix mécaniques qui ont été faits.

Après la descente du col, changement de décor, plus un arbre, c’est la toundra du très grand nord, une immense plaine un peu monotone qui nous mènera jusqu’à la mer.

En fait, nous découvrons que la Dalton est loin d’être l’épouvantail que tous se plaisent à décrire. Certes, c’est une route qui demande de l’attention et une voiture fiable, mais la légende qui en fait une route quasi impossible est totalement surfaite, les américains adorent jouer à se faire peur collectivement et chacun de ceux qui ont effectué le parcours se plaît à en exagérer les dangers pour valoriser sa prestation. Étrange, cependant de voir une française, comme celle que nous avons rencontré à Fairbanks, entretenir la légende alors qu’elle connaît bien ce parcours, mais ceux qui n’ont l’expérience que de modernes 4X4 ont du mal à réaliser que la traction, sous son allure désuète, est capable d’affronter les routes les plus difficiles. Quand aux nombreuses crevaisons que l’on nous promettait, nos pneus Michelin, sous leur allure anodine comparée aux pneus à crampons dont s’équipent certains, ont fait merveille, aussi frais à l’arrivée qu’au départ

18 heures : Deadhorse, espace industriel sinistre qui s’étend à n’en plus finir, grues, containers, derricks, engins de chantiers, entrepôts et constructions préfabriquées destinées à loger les travailleurs du terminal pétrolier de Prudhoe-Bay, Deadhorse est une immense zone logistique plutôt qu’une ville.

Pas facile cependant d’y trouver une chambre, l’établissement recommandé est l’Aurora, il est complet et c’est à prix d’or que nous logeons au Deadhorse Camp, dans une baraque encore plus glauque que celle d’hier. Pas le choix, il fait zéro degrés dehors, plus un vent du nord glacial.

Dîner dans l’immense cantine de l’Aurora, en compagnie d’une intéressante collection de spécimens de l’humanité laborieuse. Que de parcours et d’histoires individuelles il y aurait à raconter !

Demain matin nous conduirons Suzanne devant le panneau qui symbolise de début de la route panaméricaine, photos et interview en direct, ce sera le début officiel tant attendu de cette aventure, direction Ushuaïa, à quelques 40 000 kilomètres au sud.

 

08 août 2021

Petit déjeuner  avec Marine, une autre française, archéologue habitant à Fairbanks, puis nous prenons la route et à 15h30 nous sommes à l’entrée de la Dalton. Là, alors que nous prenons des photos de Suzanne devant le panneau qui marque le début de la route, des ouvriers chargés de son entretien nous décrivent l’enfer qui nous attend. Il y a des trous é-nor-mes !

Gérard recouvre le pare-brise d’une feuille de plexiglas qu’il a spécialement découpée et qui le protégera des projections de pierres (l’avantage d’avoir un pare-brise plat) et nous attaquons.

La piste en gravier n’est pas trop dure, quelques trous, certes, mais pas de quoi inquiéter une 11 BL, pourtant très lourdement chargée. Un peu de pluie, ça glisse mais la traction confirme sa réputation. Je conduis avec en tête le conseil de Gérard : avec une traction, toujours y croire, en cas de situation critique, maintenir le cap en très légère accélération et ça doit passer… et ça passe !

17h, arrêt au passage de la Yukon River, il s’agit de faire le plein, la pompe se trouve à 2 ou 300 mètres de la boutique de la station service, on peut imaginer ce que cela représente en plein hiver, par des températures de moins 40 ou plus, alors, sur la pompe, une affiche :

« Take a picture or write down the end total, bring the total to the café and show the host ! » (Servez-vous, puis prenez en photo le compteur de la pompe et venez payer à la boutique )» ! 

Nous repartons, paysages magnifiques avec une route qui emprunte des vallées encadrées par des sommets escarpés, végétation de sapins de plus en plus rabougris, et toujours le pipeline qui serpente plus ou moins près de la piste, comme un lombric géant.

Nous passons ensuite le cercle polaire par 66°N.

Enfin, vers 19h30, nous atteignons Coldfoot, la ville étape obligée au milieu de la Dalton. Ville ? Ne vous y trompez pas, 8 habitants permanents, un peu plus l’été, un restaurant et un « hôtel », sorte de construction improbable,  composée d’un assemblage de baraques préfabriquées des années 70, dont le prix des chambres est inversement proportionnel à la qualité des lieux. Dès l’entrée le  voyageur est accueilli par un parfum subtilement composé pour les trois quarts d’odeurs de fosse septique débordante et pour un quart de relents de gas-oil; les nez les plus fins prétendent y discerner des traces de gaz d’échappement, mais en quantité non mesurable..

Nous pensions dîner rapidement en vite nous coucher, mais c’était sans compter sur la capacité de Suzanne à nous faire des amis : Alexandre Gabriel et son fils Charles, sont deux français qui descendent la Dalton, ils s’apprêtent, eux aussi à passer la nuit à Coldfoot quand, stupéfaction, ils voient se garer une traction, et en plus immatriculée en France ! Nous dînerons ensemble.

Alexandre est producteur de spiritueux d’excellence et Gérard, dont le moral commençait à se ressentir de ce séjour dans un pays de buveurs de sodas, retrouve du tonus devant une bouteille d’ un excellent rhum de la  Barbade. Sauvés !

 

07 août 2021

Il s’agit maintenant de gagner au plus vite le terminal pétrolier de Prudhoe-Bay, ou plus précisément la ville de Deadhorse, qui est le point le plus nord de la Panaméricaine et qui marquera le départ de l’Aventure Citroën Terra America, à 500 kilomètres au-delà du cercle polaire. C’est à 1300 kilomètres d’ici, tout au bout de la Dalton Highway, une route considérée comme l’une des plus dangereuse au monde qui longe le pipe-line qui achemine le pétrole sur 1300 km, de l’océan Arctique jusqu’à Valdez, au sud de l’Alaska. Parmi les recommandations aux automobilistes intrépides prêts à s’y risquer, il est vivement conseillé d’emporter deux roues de secours, une radio CB, des couvertures de survie, des fusées de détresse, sans parler de l’indispensable spray anti ours, qui projette un gaz poivré à une dizaine de mètres…

En partant, arrêt chez Sonia Lelarge, consule de France, qui nous prête des équipements de camping qui pourront nous être utiles et qui regrette de ne pas nous accompagner, elle rêve de remonter la Dalton Highway. Puis Richard nous ouvre la route avec sa 2CV pour quitter Anchorage et bien au-delà sur cette Glenn Highway. Les paysages sont magnifiques mais une visibilité médiocre nous cache le Mont Mac Kinley, le plus haut sommet des Etats-Unis, qui culmine à 6194 mètres. Il paraît que c’est normal, rares sont ceux qui voient cette montagne pudique  en entier, elle se cache presque continuellement dans les nuages.

Peu avant notre arrivée à Fairbanks, nous respectons la règle de l’arrêt rituel au Skinny Dicks Bar, une institution, la salle est entièrement recouverte de dollars, murs et plafond ; d’après le patron, il pourrait y en avoir 9000 ! 

Coucher de soleil grandiose. Nous venons des tropiques où le soleil descendait à vue d’œil ; ici il n’en finit plus, quasiment stationnaire.

Escale pour la nuit chez Faustine Bernadac, une française qui demeure à l’entrée de Fairbanks. Cette dernière connaît bien la Dalton Highway qu’elle parcourt souvent pour des raisons professionnelles, elle considère Suzanne :

Et vous espérez atteindre Deadhorse avec cette voiture ? Vous n’imaginez pas cette route, des trous, de la boue, des camions qui vous croisent à toute vitesse et qui vous projettent des pierres.  votre voiture sera massacrée avant d’arriver !

 

 

06 août 2021

C’est avec sa 2CV que Richard nous conduit au terminal de la Lynden Line. Petite recherche parmi les empilements de containers, et voici ma Suzanne  que je retrouve après deux mois, un peu sale mais en pleine forme puisqu’elle démarre au premier tour de clé ! Grosse émotion, être là, en Alaska, après deux ans de rêve, de préparation, de désespoir parfois, mais avec toujours cette volonté farouche de réussir . 

Richard embarque Gildas qui filme nos premiers kilomètres en Alaska, debout sur le siège arrière de la 2CV décapotée. Nos deux Citroën ont fière allure et remportent un franc succès !.

L’après midi Gérard et Richard s’activent à d’ultimes préparations mécaniques tandis que je nettoie l’intérieur et l’extérieur de la voiture. Demain nous ferons quelques courses et en route pour Fairbanks, à 362 miles (580Km) d’ici.

 

 

 

05 août 2021

Nous sommes arrivés à Anchorage après 40 heures de voyage depuis la Guadeloupe où nous avons passés 14 jours, hors espace Schengen, afin de pouvoir entrer sur le territoire américain.

40h de voyage éprouvant, avec 4 vols, et 2 correspondances ratées…

A l’aéroport d’Anchorage nous attendait Richard Golding, francophile et amateur de voiture Citroën. Il possède à ce titre, deux des quatres 2CV présentes en Alaska. Changement de cadre, changement de température aussi, nous passons de plus de 30°C à environ 10°C… changement d’heure aussi, nous perdons 4h avec les Antilles, 10h avec la France. 

Pas simple de s’acclimater les premières heures !

Richard et Lynda vont nous héberger quelques jours, le temps de récupérer Suzanne au port, ainsi que de préparer la logistique de l’expédition pour son départ la semaine suivante.

 

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